samedi 3 avril 2010

le 10 mai à 18h: Soirée lecture avec Elmar Schenkel

(18h)
Lectures multilingues de textes autour d'un verre
(Cafétéria au 54, bd. Raspail)

Elmar Schenkel
(Auteur allemand, traducteur, directeur d'études à l'Université de Leipzig)
textes traduits et présentes par les étudiants du séminaire «Théorie et Pratiques de la Traduction » (EHESS) et leurs invités

BIO-Biblio:
Elmar Schenkel: né près de Soest en Westphalie, il a étudié des langues étrangères et la philosophie à Marburg et Freiburg. Il a enseigné en France, en Grande Bretagne, aux États Unies et en Russie. Depuis 1993 il travaille en tant que directeur d'études dans le département d'anglais de l’université de Leipzig. Il est co-éditeur de diverses revues littéraires et auteur de nobreux poèmes, contes, romans et livres de voyages. Il traduit également la poésie anglaise (Ted Hughes et al.) et écrit des contes pour les revues moscovites Schrumdi et Schrumdirum. Ses publications les plus récentes sont une biographie de Joseph Conrad (2007) et des monographies ayant pour thème le rôle de la bicyclette dans la littérature (2008) et les "excentriques" de la science (2009). http://www.uni-leipzig.de/~literatu/index.html?mitarb_schenkel.htm.

Liste de ses oeuvres en allemand:
dannn schreib ich dir welche auf:
Die andere Reise, Prosa, 1981
John Cowper Powys, Diss. 1983
Mauerrisse, Prosa 1985
In Japan -Reisetagebuch 1986
Blaenau Ffestiniog, Prosa 1987
Massachusetts, Reisebuch 1991
Sense of Place - Raum und Regionalitaet in der britischen Lyrik, Habilschr. 1993
Der aufgefangene Fall / Essays 1993
Blauverschiebung, Gedichte 1992
Der westfaelische Bogenschuetze, Roman 1998
Ein Laecheln und zwei Fragezeichen, indisches Reisetagebuch, 2001
HG Wells, der Prophet im Labyrinth, Biographie, 2001
Das sibirische Pendel / Reisen in Russland, 2005
Die elektrische Himmelsleiter, Essays 2005
Ichverspaetungen, Aphorismen, 2006
Fahrt ins Geheimnis, Joseph Conrad, Biographie 2007
Cyclomanie, Fahrrad und Literatur, Essay 2008
Stille Post und zurueck, Prosa 2008
Leise Drehung, Roman 2009

Uebersetzungen>-
Ted Hughes, Kraehe, 1986
- Basil Bunting, Briggflatts u. a. Gedichte, 1993
- Iain Crichton Smith, Segel aus Salz, Gedichte 2008
und weitere Gedichte von Michael Hamburger, Tessa Ransford, Glyn Maxwell
u.a.
aus dem Frz> Roger Caillois (ein Prosastueck)

le 11 mai, 9h: Atelier VIII: La traduction est-elle un travestissement du texte originel? (105, bd Raspail)

(9h-10h30)
Atelier VIII :
La traduction est-elle un travestissement du texte originel ?

(Amphithéâtre au 105, bd Raspail)

Présidente : Francoise Delignon (EHESS)
Translation as co-creation: What can myth tell us about the author? Julia Sushytska (États-Unis. Université de Redlands)
L’autotraducteur : passeur de mots, passeur de culture. Etude d’un essai de Jorge Semprún. Valérie Capdeville-Hounieu (France. Université de Pau)
Intercontextualité, traduction et le problème de la subjectivité à partir de la modernité. Rada Iveković (France. Université de St. Etienne)


Abstracts /Résumés/ Zusammenfassungen
Translation as co-creation: What can myth tell us about the author by Julia Sushytska.
The question of the text’s translatability arises only in the context where a strict distinction is maintained between the original and its copy, that is, it can emerge as a problem in the literary societies, or cultures build around phonetic alphabet.[1] It is in such cultures that the notion of authorship coalesces—the notion that includes the idea that an individual, or the self originates a literary work, and gives this work a specific form that ought to remain changeless throughout its consequent reproductions. Even if we are lead to believe that it is possible to adhere to this principle of the unalterability when we are dealing with the language of the original, we are faced with its inapplicability when it comes to translation—after all it is impossible to deny the difference between any two languages. If we were to consider the context of an oral culture, however, we would notice that in it there is no author, and so such problem. Its “texts”—myths—do not claim to have stable form. In fact, they cannot, since it is impossible to check them against any earlier instance of their iteration. Every oral text exists only in the process of being created. Moreover, it has multiple authors—each one reciting it becomes a co-author. Drawing upon these observations I will argue that we need to reconsider the opposition between the original and the copy in the literary culture. I will draw on the work of Gilles Deleuze who successfully challenges this dichotomy, thereby enabling us to rethink the notion of authorship: instead of one single author we need to conceive of a text as co-authored by both its readers and translators.
[1] Cf. Walter J. Ong, Orality and Literacy: The Technologizing of the Word, London: Routledge, 1991.

L’autotraducteur : passeur de mots, passeur de culture. Etude d’un essai de Jorge Semprún. Valérie Capdevielle-Hounieu.
On sait depuis Saussure qu’il n’y a pas d’équivalences exactes d’une langue à l’autre. La traduction, celle en particulier de textes ayant une dimension esthétique ou littéraire, est donc un art du saisissement et de la restitution toujours imparfaite d’une nuance. Qu’en est-il alors de l’autotraduction ? Cette question se pose essentiellement dans le cas des écrivains en langue seconde tels que Jorge Semprún, Espagnol dont la production est majoritairement en français. Carlos Fuentes se fait l’écho du fantasme d’autotraduction en s’ouvrant de la possibilité qu’aurait eue Jorge Semprún d’écrire et réécrire son premier roman, Le Grand Voyage, par le jeu de l’autotraduction. Chaque livre, l’original et originel en français, puis l’espagnol, puis une nouvelle traduction en français, et cela à l’infini, aurait été, de l’aveu de Semprún, « un livre différent ». Pourquoi l’autotraduction est-elle, au même titre que la traduction, une réécriture ? Du fait du bilinguisme et du biculturalisme de l’auteur concerné, ne pourrait-on attendre de l’autotraduction une plus grande fidélité au texte d’origine ? Est-elle en mesure de transcrire la part proprement culturelle d’une langue ? En a-t-elle d’abord l’intention ? Jorge Semprún a été une fois le traducteur de son propre texte. Il s’agit du récit de son expérience en tant que Ministre de la Culture du gouvernement de Felipe Gonzalez, Federico Sanchez vous salue bien (1993). Son statut de témoignage et de réflexion politiques et sociologiques expliquent en partie la spécificité de ce travail : entre fidélité au texte premier et liberté créatrice, c’est surtout la prise en compte et l’adaptation au lectorat visé qui ont présidé à l’écriture de Federico Sanchez se despide de ustedes. Pour satisfaire l’attente et favoriser la compréhension du lecteur espagnol dont les références sont différentes, l’écrivain réoriente son texte. Il conviendra donc d’analyser l’influence de la réception sur la traduction de Semprún du point de vue de la sélection des informations, des ajouts, de l’insertion de mots en français, etc. On s’attachera au discours métanarratif relatif à la traduction qui parsème le texte et à la comparaison des deux versions de l’essai afin de mettre en lumière le dialogue entre la langue/la vision du monde qu’elle véhicule et la traduction d’un texte.

Intercontextualité, traduction et le problème de la subjectivité à partir de la modernité. Rada Iveković.
La modernité fut l’une des grandes disjonctions qui ont gelé certaines normes historiques en les rendant exemplaires: depuis ce temps, la modernité occidentale (d’abord occidentale, puis “occidentale” et finalement “universelle”…) a construit une origine généalogique ininterrompue pour ses propres concepts et épistèmês en tant qu’”universels” pour les proposer/imposer à la planète. Dans le même temps, la figure du sujet est construite par une division et un partage porteur de significations opposées. A partir de la modernité, il y eut continuité pour l’”occident” et interruption pour les cultures, histories et langues non européennes. Pour ces dernières il n’y a en effet que discontinuité d’avec leurs propres antiquités, vu du point de la modernité occidentale. Les modèles d’exclusion, de sélection et d’exception de la modernité, qui posent le sujet comme une figure “autonome”, spéculaire et complémentaire à la souveraineté (étatique) n’ont pas complètement disparus aujourd’hui, et ils renvoient à un modèle hégémonique dominant. Nous voyons la traductions comme étant inhérente au langage, et non pas comme quelque chose qui se passe (simplement) entre les langues. C’est une négociation permanente de déplacements culturels et autres. Nous considérons alors qu’elle est intercontextuelle.

BIOS:
Julia Sushytska is Assistant Professor of Philosophy at the University of Redlands. Her research focuses on the problem of philosophy’s emergence in Ancient Greece, especially in the works of the pre-Socratics and Plato, as well as on the recent effort of Gilles Deleuze and Alain Badiou to rethink philosophy’s task. Her manuscript entitled Originary Metaphysics: Why Philosophy has not Reached its End is currently under review with Northwestern University Press. She has also written on the philosophical significance of Eastern Europe.

Valérie Capdevielle-Hounieu
: Doctorante en Langue et Littérature françaises à l’Université de Pau, Valérie Capdevielle-Hounieu travaille sur le bilinguisme et le biculturalisme de l’écrivain Jorge Semprún. Valérie Capdevielle-Hounieu a notamment communiqué et publié (en France et à l’étranger) autour des questions du métissage littéraire, de l’identité ou du renouvellement du genre autobiographique dans la littérature contemporaine. Membre élu du Conseil de la Recherche et du Conseil de l’Ecole Doctorale 481, Laboratoire de Poétique et histoire littéraire, Université de Pau et des Pays de l’Adour.

Rada Ivekovic, philosophe indianiste, directrice de programme, Collège international de philosophie, Paris, professeure à l’Université de Saint-Etienne, a enseigné dans plusieurs pays. Publications : Selection : La balcanizzazione della ragione, manifestolibri, Roma 1995; Le Sexe de la philosophie. Jean-François Lyotard et le féminin, L'Harmattan, Paris 1997; Autopsia dei Balcani. Saggio di psico-politica, Cortina, Milan 1999; Le sexe de la nation, Paris, Léo Scheer 2003; Dame Nation. Nation et différence des sexes, Ravenna, Longo 2003; Captive Gender. Ethnic Stereotypes & Cultural Boundaries, Delhi, Women Unlimited, 2005; with S. Bianchini, S. Chaturvedi, R. Samaddar, Partitions. Reshaping States and Minds, Routledge 2005; reprint Delhi 2007.

le 11 mai, 9h: Atelier IX: Traduction et arts visuels (54, bd Raspail)

(9h-10h30)
Atelier IX:
Traduction et arts visuels.

(salle 524 au 54, bd Raspail)

Président : Jean-Marie Gallais (EHESS)
The Labours of Translation: Towards Utopia in Bruegel's Tower of Babel. Vytas Narusevicius (Canada. University of British Columbia)
« On the collapse » : Mistranslation dans les arts. Sébastien Pluot (France. ESBA Angers / Université Paris I)
L’œuvre d’art comme parallaxe entre l’image et le langage: l'impossible traduction. Neli Dobreva (France. EHESS/NMAH-Smithsonian Institution, USA)

Abstracts /Résumés/ Zusammenfassungen
The Labours of Translation: Towards Utopia in Bruegel’s Tower of Babel by Vytas Narusevicius.
The two remaining paintings of the Tower of Babel by Pieter Bruegel the Elder appear to embody an anticipation of a multiplicity of tongues in the same way that theorist Louis Marin describes Thomas More’s Utopia as having an “anticipating, but blind, judgement.”[1] In other words, More’s Utopia and Bruegel’s Towers are not conventional representations of a realized vision, but rather they can be understood as a process where a utopian ideal is yet to be discovered. The utopian discourse that is present in the works of Bruegel and More allows a modernizing sixteenth-century society to represent itself critically to itself, thus becoming useful to its audience by enabling a kind of problem solving capacity to think through the emerging social, political and cultural changes. Bruegel’s paintings are clearly translating a biblical story into a ‘speaking picture’ by depicting a ziggurat-like tower reaching towards the heavens, yet at the same time they appear to be doing something more by recreating an event, albeit a mythical event, and its consequences. There is a multitude of sources that have come together to inform Bruegel’s original paintings, yet there is a multiplicity of contradictions depicted within them and, not surprisingly, there is a plurality of translations or interpretations. The point of departure for this paper is that within this multiplicity of tongues and labours of translation there is a kind of bewildering individual freedom that can be said to have risen out the ruins of Babel. Bruegel’s representation of the contrast between the floundering hubris of a King and the industriousness of his subjects involves the translating or re-authoring of the original story, which also implies a challenging of the authority of the original and the subsequent importance of both the process of translation and self-narration for any kind of social transformation. In Bruegel’s Towers, I am interesting in analyzing whether the notion of translation and labour can help locate how, and whether, these paintings speak in both a utopian spirit of social critique and to a resistance of authority.
[1] Louis Marin, Utopics: Spatial Play (New Jersey: Humanities Press Inc., 1984), 163.

« On the collapse » : Mistranslation dans les arts. Sébastien Pluot.
Depuis le mythe babélien d’une langue unique et universelle, les recherches d’une langue philosophique fondée sur les mathématiques de Leibnitz, les théories des correspondances, les efforts de Kandinsky pour élaborer une science de l’art basée sur un lexique universel, et plus récemment l’idéologie positiviste d’une traduction sans perte aidée par l’informatique, le fantasme d’une communication immédiate traverse chaque époque. Opposée à ce fantasme, l’opacité, la posture de l’ineffable et de l’indicible semble être le versant tragique de la transparence. Il sera question d’interroger la manière dont certaines pratiques artistiques ont dépassé ces deux postures pour proposer des formes dialectiques qui rejoint les formulations de Jacques Derrida lorsqu’il évoque la situation de double Bind inhérent à tout processus de traduction. Cette intervention reposera sur une exposition dont je suis co-commissaire « Double Bind, Arrêtez d’essayer de me comprendre », qui développe cette problématique au Centre National d’Art Contemporaine de la Villa Arson. (Février / mai 2010)

L’œuvre d’art comme parallaxe entre l’image et le langage : l’impossible traduction. Neli Dobreva.
En septembre 2002, l’artiste new yorkais Eric Fischl, connu depuis les années 1970 pour son travail figurative installe, au Center Rockefeller à New York, son nu féminin, grandeur nature, bronze, intitulé Tumbling Woman (2001-2), représenté en position de chute libre, soulevé à quelques mètres du sol, en apparence éternellement suspendue : un corps féminin qui chute, dans un moment insaisissable – juste avant de toucher le sol ! Après seulement une semaine d’exposition, la sculpture Tumbling Woman (2001-2), dédiée à une amie ayant périe dans les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, est couverte d’un drap et enlevée à cause de l’outrage publique. En contraste, un nu féminin d’Auguste Rodin, découvert parmi les restes humains et les débris des avions, à la déchèterie « Fresh Kills » de Staten Island, a été réhabilité malgré son état de fragment : une place spéciale dans la collection du New York State Museum, dédiée aux attentats, lui a été attribuée. La problématique que ces deux œuvres pose se reconnaît dans la thèse de l’« image à transformation » (Deleuze) : d’abord en termes du visuel (d’image plastique, du corps) et du réel ; deuxièmement, de représentation - qui est de l’ordre discursive et donc du langage (comment décrire l’horreur ?). Pourquoi ce corps fragmenté, morcelé (en termes de Lacan), du nu de Rodin n’a pas sollicité de l’outrage public, tandis que Tumbling Woman a été condamnée à être « voilée » ? C’est un exemple de conflit entre identité culturelle (le tabou qui plane sur l’image de la mort dans la société américaine dû à son discours d’exceptionnalisme) et transmission de formes de connaissance culturelle. Serait-ce un exemple qui fait figure de parallaxe comme illusion d’être capable d’utiliser le même langage pour des phénomènes qui s’expriment en perspectives et entre qui aucune synthèse ou médiation n’est possible (Kant, Zizek) alors que sur l’image il y a toujours l’ombre de l’écriture (Boehm) ? Ainsi, serait-ce démontrer, en termes Benjaminiens, « l’impossibilité de la théorie de l’image-copie », les limites mêmes de traduire le réel et sa représentation ?

BIOS:
Vytas Narusevicius is a PhD student at the University of British Columbia in Vancouver, Canada. His interests are in the notion of pedagogy as art, and in particular contemporary artists who use pedagogy and academic research as integral aspects of their artistic practices. Vytas is working with UBC faculty members, Serge Guibaut, Catherine Soussloff, and Bronwen Wilson. Prior to UBC, Vytas received a Master of Applied Art in Visual Art at Emily Carr University and has exhibited his artwork internationally.

Sébastien Pluot est historien de l’art et commissaire indépendant. Il enseigne à l’Ecole Supérieure des Beaux Arts d’Angers et à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. Commissaire indépendant, il a réalisé récemment un programme de recherche et d’exposition intitulé Living Archives à l’Esba Angers et au San Francisco Art Institute. Ses textes ont été publiés dans différentes revues et catalogues (Include Me Out, dans Vides, une rétrospective, Centre Georges Pompidou, Kunsthall de Bern, 2009 / Wouldn’t that be Wonderful, actes du colloque Art Contemporain Design Contemporain, Haute école d’art et de Design de Genève, 2008). Il vient d’être lauréat de la Villa Médicis hors les murs.


Neli Dobreva
est Research fellow du National Museum of American History – Smithsonian Institution, Washington DC, Etats-Unis, affiliée au Centre d’histoire et théories de l’art de l’EHESS et ingénier d’études à la Fondation Maison des Sciences de l’Homme à Paris ; elle enseigne la Philosophie de l’art au Département d’Arts plastiques et sciences de l’art de l’Université Paris 1 « Panthéon-Sorbonne ». Son domaine de recherche est l’intersection des concepts du corps, de l’image et du réel chez Gilles Deleuze, Ludwig Wittgenstein et Jacques Lacan, et les discours des images des événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis (collections muséales, expositions).

le 11 mai, 11h: Atelier X: Politiques de traduction et enjeux de pouvoir : perspectives historiques (105, bd Raspail)

(11h-13h)
Atelier X :
Politiques de traduction et enjeux de pouvoir :
perspectives historiques.

(Amphithéâtre au 105, bd Raspail)

Président : Philippe Roussin (EHESS)
Les enjeux de la traduction de l’histoire au dix-neuvième. Trois versions françaises de Chronicle of the Conquest of Granada de Washington Irving. Ronald Jenn. (France. Université Lille III)
Traduction et communication des sciences sociales dans un monde babélisé : Tocqueville et De la démocratie en Amérique. Michaël Oustinoff (France. Université de Paris III)
Traduire les signes en sciences sociales. Sündüz Özturk Kasar (Turquie. Université technique de Yildiz /EHESS)
L’étrange cas de John Ruskin, ou comment les traductions en français ont « oublié » sa pensée politique et sociale. Bénédicte Coste (Angleterre. London City University)

Abstracts /Résumés/ Zusammenfassungen
Les enjeux de la traduction de l’histoire au dix-neuvième. Trois versions françaises de Chronicle of the Conquest of Granada de Washington Irving. Ronald Jenn.
Lors de son séjour en Espagne au sein du corps diplomatique des Etats-Unis d’Amérique (1826-1832), l’écrivain et Homme de Lettres Washington Irving (1783-1859) mena d’importants travaux de recherche et de documentation dans les archives récemment ouvertes qui donnèrent lieu aux publications suivantes : The Life and Voyages of Christopher Columbus (1828), Chronicle of the Conquest of Granada (1829) et Tales of the Alhambra (1832). Toutes furent publiées simultanément en France et aux Etats-Unis mais cette communication portera sur les trois traductions de Chronicle of the Conquest of Granada. Pourquoi ce texte est-il sélectionné et retraduit si fréquemment au dix-neuvième siècle ? Qu’advient-il de l’image positive des Maures et de la compassion pour eux démontrée par Washington Irving et du statut de pseudo-traduction du texte de départ ? De quelles valeurs le texte historique américain est-il investi ? Il s’agit de suivre ce texte historique dans ses mutations successives et de dégager les enjeux de la traduction par des Européens, en l’occurrence des Français, de l’histoire écrite par des Américains et en particulier de ce moment précis et symbolique qui précède la découverte de l’Amérique. Les outils méthodologiques utilisés dans le cadre de ces travaux seront : la stylistique comparée de l’anglais et du français pour les études micro-textuelles, l’histoire du livre pour le profil des maison d’éditions et les stratégies éditoriales, la sociologie de la traduction ainsi que les études post-coloniales appliquées à la traduction.

Traduction et communication des sciences sociales dans un monde babélisé : Tocqueville et De la démocratie en Amérique. Michaël Oustinoff.
Dans un rapport intitulé « Language Matters » (2009), la British Academy s’inquiète de ce que les chercheurs britanniques soient de moins en moins compétents en langues étrangères, ce qui les condamne, à terme, à être « mondialement connus dans un seul pays ». Le tout-à-l’anglais n’est pas une solution, c’est une impasse[1]. L’anglais occupe une place centrale pour longtemps. Mais cette langue, dans l’absolu, n’a pas d’existence concrète. Tocqueville nous le signalait déjà dans De la démocratie en Amérique en intitulant un chapitre « Comment la démocratie américaine a modifié la langue anglaise »[2]: Britanniques et Américains ne sauraient parler la même langue, car ils vivent dans des sociétés différentes. Les traductions anglaises de De la démocratie en Amérique en sont la vivante illustration. La première, effectuée par Henry Reeve et relue par l’auteur, constitue une anglicisation de l’œuvre, alors qu’elle aurait demandé, par définition, une américanisation — en termes politiques, et pas seulement linguistiques. L’historique des traductions de l’œuvre en anglais peut se lire comme autant d’américanisations successives dont la dernière, par Arthur Goldhammer, remonte à 2004. Cette traduction est excellente, mais elle ne saurait supprimer la part d’intraduisibilité radicale au sein des langues anglaises, ni par rapport aux autres langues. C’est pourquoi nous contrasterons également l’original et ses versions anglaises avec d’autres, et notamment celles en portugais, en allemand et en russe en nous inspirant de la démarche adoptée par le Social Science Translation Project[3]. La traductologie considère de plus en plus la traduction non en tant que simple reproduction de l’original mais comme une transformation recréatrice. C’est dans cette optique que l’on se placera, avec toutes les implications que cela représente pour l’interprétation et la réception des textes de sciences humaines au regard de la communication scientifique dans un monde en voie de rebabélisation.
[1] Voir Joanna Nowicki, Michaël Oustinoff (dir.), Traduction et mondialisation. Volume 2, revue Hermès, 49, Paris, CNRS Éditions, 2007 et Nowicki, J. , Juremir Machado da Silva, Oustinoff, M. (dir.), Traduction et mondialisation. Volume 2, revue Hermès, 56, Paris, CNRS Éditions, 2010 (à paraître).
[2] Voir Michaël Oustinoff « De la démocratie en Amérique et l’intraduisibilité de l’anglais », Hermès, 56, 2010 (à paraître).
[3] Voir Michael Henry Heim et Andrzej W. Tymowski, Guidelines for the Translation of Social Sciences, American Council of Learned Societies, 2006.
En ligne sur : <
www.acls.org/uploadedFiles/Publications/Programs/sstp_guidelines.pdf>.
Disponible également en arabe, en chinois, en espagnol, en français, en japonais, en russe et en vietnamien.

Traduire les signes en sciences sociales. Sündüz Özturk Kasar.
“La langue est formée des signes” nous a appris la linguistique moderne. Le discours actualise ces signes qui vivent virtuellement dans le cerveau des locuteurs faisant partie de la mémoire d’une communauté linguistique. Le traducteur traduit alors ces signes actualisés par un discours d’origine, autrement dit ramenés par un sujet producteur à un moment de l’instance précis et dans des circonstances précises. Le traducteur qui prend en main ce discours initial est, à son tour, sujet de son propre discours (de nature secondaire); il le reproduit à un autre moment de l’instance et dans d’autres conditions. Alors superposition des sujets producteurs, des moments d’énonciation et des coordonnées discursives; ainsi définie, la traduction apparaît comme un hyperdiscours, c’est- à -dire dire qu’elle se construit sur un autre discours. Lorsqu’il s’agit des textes de sciences sociales, cet hyperdiscours s’avère, de surcroît, métalinguistique puisqu’il réactualise le langage d’un domaine de connaissances traité dans l’original. Maintes difficultés qui rendent la traduction théorique tâche difficile. Les débats poursuivis depuis des siècles autour de la question de savoir si l’on traduit le sens ou la forme sont en fait vaines puisque le signe linguistique est une unité indissociable formée d’un signifiant (image acoustique) et d’un signifié (concept). Donc on ne peut transmettre les concepts sans traduire convenablement leur appellation ni traduire les termes sans en rendre le contenu. Ce principe initial est fondateur pour une sémiotique de la traduction. Et si un signe quelconque n’existe pas dans la langue d’accueil? Former un terme pour construire un concept, voilà une épreuve cuisante qui attend le traducteur théorique. Pourrait-il proposer une traduction “relevante” comme le dit Jacques Derrida? Je voudrais traiter de ce sujet en essayant de l’illustrer par des exemples que je tirerai de mes propres expériences, à savoir mes traductions turques de Maurice Blanchot, de Roland Barthes et de Paul Ricœur ou des projets de recherche que j’ai menés à bien dans le cadre de mes cours de doctorat intitulés “Traduction théorique en sciences sociales” et “Sémiotique de la traduction” que j’assure à l’Ecole doctorale de l’Université technique de Yildiz à Istanbul.

L’étrange cas de John Ruskin, ou comment les traductions en français ont «oublié» sa pensée politique et sociale. Bénédicte Coste.
Cette proposition d’intervention est consacrée à la traduction en français des textes sociaux et politiques de John Ruskin (1819-1900), ou plus précisément au très petit nombre de traductions parues depuis la fin du XIXe siècle. Ruskin n’est pas uniquement un critique d’art influent de la seconde moitié du XIXe siècle, il a également rédigé de nombreux textes consacrés à l’économie politique. Alors que son autobiographie (Praeterita) et les textes consacrés à la critique d’art ont été partiellement traduits au début du XXe siècle, les textes constituant Munera Pulveris ou certaines lettres de Fors Clavigera demeurent inconnus du lectorat francophone. A l’exception de Sesame and Lilies, et d’Unto This Last[1] les textes traitant de politique et de sciences sociales n’ont pas été traduits. Toutefois, l’intérêt pour Ruskin a persisté tout au long du XXe siècle. C’est dans la perspective de traductions partielles et d’articles présentant sa pensée sociale que nous souhaiterions interroger la réception française de J. Ruskin. L’ouvrage de R. de La Sizeranne, John Ruskin et la religion de la beauté, les traductions de M. Proust (Sésame et les lys ; La Bible d’Amiens), de M. Crémieux (Les Pierres de Venise) nous ont légué la figure d’un critique d’art au détriment de la pensée politique de J. Ruskin. Les traductions éparses et parcellaires de ses textes politiques ne semblent pas avoir suscité de projet de plus vaste ampleur, alors que l’apport de Ruskin aux sciences et aux pratiques sociales existe. C’est cette a généalogie que nous souhaitons retracer. Nous présenterons les textes traduits et examinerons leur traduction, ainsi que les articles ou les ouvrages en français consacrés à la pensée de Ruskin, afin d’analyser les raisons de ce qu’il faut bien qualifier de refoulement.
[1] ″Unto this last″, quatre essais sur les premiers principes d'économie politique, par John Ruskin, traduction de l’abbé Peltier. Introduction de H.-J. Brunhes, 1902.

BIOS:
Ronald Jenn est Maître de Conférences à l’Université Charles de Gaulle Lille-3 où il enseigne la traduction et la traductologie. Ses recherches portent sur l’influence de l’idéologie sur les traductions depuis la fin du dix-huitième jusqu’à nos jours. Il s’intéresse également aux échanges entre la France et les Etats-Unis via la traduction. Il est aussi traducteur des nouvelles de Nathaniel Hawthorne inédites en français, traduites en collaboration, doivent paraître en 2010. Membre du CECILLE.

Sündüz Ozturk Kasar, Maître de Conférences habilité, docteur de l’EHESS (Paris), chef adjoint du Département de Traduction et d’Interprétation de Français de l’Université technique de Yildiz (Istanbul), travaille essentiellement dans les domaines de la linguistique, de la sémiotique et de la traductologie. Elle a publié plusieurs livres et articles dans différents pays en même temps qu’elle a traduit en turc des livres de Maurice Blanchot, de Roland Barthes et de Paul Ricœur.

Michaël Oustinoff est maître de conférences HDR à l’Institut du Monde Anglophone de Paris 3 Sorbonne Nouvelle, membre du TRACT (Paris 3) et de la Rédaction en chef de la revue Hermès, CNRS Editions, dont il a notamment supervisé le numéro 51, L’Epreuve de la diversité culturelle et les numéros 49 et 56 de Traduction et mondialisation, dont le deuxième volume est à paraître en 2010. Il est également l’auteur de Bilinguisme d’écriture et auto-traduction : Julien Green, Samuel Beckett, Vladimir Nabokov (Paris, L’Harmattan, 2001) et de La traduction (Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 3e édition 2009).

Bénédicte Coste est victorianiste, membre d’EMMA (Etudes montpelliéraines du monde anglophone, EA 741) et enseigne la traduction à City University (Londres). Traductrice de Walter Pater, elle traduit actuellement The Seven Lamps of Architecture, ce qui l’a conduite à s’intéresser à la réception française de Ruskin.

jeudi 1 avril 2010

le 11 mai, 11h: Atelier XI : Interprétation ou traduction ? Eléments intraduisibles de textes théologiques (54, bd Raspail)

(11h-13h)
Atelier XI :
Interprétation ou traduction ?
Eléments intraduisibles de textes théologiques
(salle 524 au 54, bd Raspail)

Présidente : Rita Herman-Belot (EHESS)
Visions coraniques du temps à travers les traductions : enjeux et retombées. Soufian Al Karjousli (France. SUPELEC )
Heresy, Translation, and the Afterlife of Robert de Gretham’s Miroir. David Lavinsky. (USA. University of Michigan)
Vieux mots et nouveaux sentiments. Latin, langues vulgaires et terminologie spirituelle au début du XVIIème siècle. Andrés Vélez Posada (Colombie. EHESS)
Traduction et évolution de la pensée philosophico-théologique arabo-musulmane : le cas du Mu’tazilisme. Smaïl Khris. (France. EHESS)

Abstracts /Résumés/ Zusammenfassungen
Visions coraniques du temps à travers les traductions : enjeux et retombées. Soufian Al Karjousli
L’arrivée de l’islam a suscité un besoin de réorganisation du temps afin de marquer une coupure avec le passé et ses croyances qui renvoyaient à des symboles du polythéisme. Certains lisent, à travers le texte coranique, une vision temporelle, voire un calendrier divin dans lequel le déroulement du temps, des mois, des années parfois, n’a rien à voir avec notre concept terrestre. D’autres associent le temps divin au temps terrestre. Les positions des théologiens musulmans et des traducteurs du texte coranique reflètent ces différentes conceptions. Nous proposons d’en analyser les origines, puis d’en montrer les enjeux et les retombées sur les traductions actuelles. Quelques théologiens et, à leur suite certains traducteurs, ont adopté une règle qui traite les versets comme des décrets. Celui qui viendrait en dernier serait alors le plus fiable. Ils s’appuient sur la compréhension du concept coranique de « l’évolution des versets », al-nâsekh wa l-mansûkh. Cependant, cette interprétation laisse subsister une contradiction dans la mesure où ces mêmes théologiens et traducteurs s’appuient, en même temps, sur le Coran dit « Coran de ‘U©m€n » qui a été assemblé dans un ordre non chronologique. D’autres interprètes, dont Régis Blachère, grand traducteur du Coran, estiment que pour traduire, il faut respecter un ordre temporel qui est celui de l’ordre chronologique et donc proposer une traduction contextualisée. Régis Blachère estime, par exemple, que la lecture la plus répandue du texte coranique se fait « à l’envers » puisque les premiers textes, les plus longs, sont de façon générale formés de révélations parvenues à Mahomet vers la fin de sa prédication et que le traducteur se doit de rétablir la contextualisation. C’est l’option qu’il avait lui-même prise dans sa première traduction du Coran de 1949. Cela lui a valu, à l’époque, les foudres de la majorité des musulmans. Ces deux options existent toujours actuellement et suscitent un débat virulent dans le monde des interprètes et des traducteurs. La célèbre université égyptienne, Al Azhar, vient, elle-même, cinquante ans plus tard de donner son accord pour la publication d’un Coran respectant un ordre chronologique. La formation des traducteurs doit, elle, nécessairement intégrer cette dimension de réflexion sur les différentes temporalités et comprendre que traduire, c’est aussi interpréter.

Heresy, Translation, and the Afterlife of Robert de Gretham’s Miroir, by David Lavinsky.
This paper discusses the Middle English translation of Robert de Gretham’s Anglo-Norman Miroir. A cycle of sixty verse sermons dating from the thirteenth century, Gretham’s text became a prominent point of reference within Wycliffism, the English reform movement identified with John Wyclif and his followers; portions of its prologue, which prefaced an anonymous late fourteenth-century English version of the Miroir, circulated with Wycliffite texts defending the legitimacy of vernacular biblical translation (for instance, Cambridge University Library Ii.6.26, an unpublished manuscript that I will discuss in some detail during the talk). Humanities scholars have largely ignored the afterlife of the Miroir, confident that no movement as heretical as Wycliffism could have had much use for a collection of orthodox sermons. Yet, as I show in this paper, which is a condensed version of a journal article now in draft form, Wycliffites used the Middle English version of Gretham’s work not only to authorize their own hermeneutic practices but also to explore anxieties about textual dissolution, to specify the limits of literal translation, and to rationalize a more expansive ideal of vernacular intelligibility, one where holy writ is ‘openlicher’ ‘more open’in English than in any other language. I end by suggesting that the Miroir figured prominently in Wycliffite efforts to produce a more accessible translation of the English Bible, and that its complex reception history therefore encodes the formation of new vernacular practices and epistemes.

Vieux mots et nouveaux sentiments. Latin, langues vulgaires et terminologie spirituelle au début du XVIIème siècle. André Vélez Posada.
L’éclosion des langues vulgaires comme langues savantes a donné lieu à un travail d’interprétation et de transmission de la tradition écrite en latin. Le devenir du mot Ingenium en est preuve : traduit comme Esprit et Engin en français, comme Mind et Wit en anglais, comme Ingenio en espagnol, Ingenium est un des mots du latin considéré comme intraduisible en beaucoup de langues. Ainsi, ce texte voudrait réfléchir sur les difficultés et les résultats que la traduction et l’appropriation de ce concept a connu dans les langues vulgaires. Tel que l’on peut l’observer dans l’écrit de Descartes intitulé Regulae ad directionem ingenii (1629), on est en face d’un terme très ambigu employé par la langue scholastique qui sert à désigner la force intellectuelle et créatrice des hommes. Il s’agit, en effet, d’un concept holistique qui est clé au moment de parler de l’activité spirituelle. On montrera comment les problèmes conceptuels de la traduction ou de l’appropriation d’Ingenium mettent en évidence la montée d’une pensée diversifiée qui voit le jour dans les nouvelles pratiques lexicographiques en langue vulgaire. Pour l’illustrer, on verra les différents sens que le concept a acquis dans deux pratiques savantes du début du XVIIème siècle. L’art de peindre et de composer des poèmes et la Philosophie, par exemple, ont développé, en langue vulgaire, et grâce au travail de réflexion sur le concept d’Ingenium, une variété de concepts irréductibles à une seule doctrine sur la Nature Humaine, une nouvelle machine conceptuelle efficace au moment de décrire, argumenter et nommer les valeurs et les pratiques artistiques, intellectuelles et naturelles de l’époque. Les notions philosophiques comme esprit, mind, verstand et les concepts poétiques de finesse, ingenio, wit entre autres, seront présentés comme des concepts irréductibles mais redevables du concept d’Ingenium.

Traduction et évolution de la pensée philosophico-théologique arabo-musulmane : le cas du Mu’tazilisme. Smaïl Khris.
L’objectif de cet article est de montrer comment, entre le VIIIe et le IXe siècles, la traduction a joué un rôle important dans l’évolution de la pensée philosophique et théologique arabo-musulmane et a conduit à l’apparition du courant de pensée mu’tazilite et à son adoption par l’élite califale (politique) et scientifique à l’époque d’Al-Ma‘moun. Pour ce faire, l’analyse s’appuiera d’une part sur la « théorie des systèmes sociaux » de Luhmann et, d’autre part, sur la « sémantique des temps traductifs » de Koselleck. La première permettra d’étudier le monde arabo-musulman comme un système social fait de communications sociales constituées de manière autopoïétique, autrement dit un système social utiliserait la communication comme mode de reproduction, de régénération et de définition basée sur la production du ou des sens. La seconde permettra d’identifier l’inscription sur la durée du Mu’atazilisme, en suivant l’évolution sémantique (stabilité ou instabilité des significations, changements et transformations dans les significations) de certains concepts-clés qui le définissent ou sur lesquels il se fonde. Vue sous cet angle, la traduction ferait partie intégrante du système social. Elle est l’élément principal par lequel le monde arabo-musulman est mis et maintenu en relation avec une partie de son environnement, en l’occurrence la Grèce antique. Elle serait tant la médiatrice entre le système social et son environnement que le « garde-frontière » accordant ou refusant l’entrée de nouvelles possibilités de sens (actions et expériences sociales) dans l’horizon sémantique du système social. A ce titre et comme l’attestent les résultats de l’analyse, ses fonctions de médiatrice et de garde-frontière apparaissent sur trois plans sémantiques : le social, le factuel et le temporel. Sur le plan social, la traduction a été le mécanisme d’interaction entre le monde arabo-musulman et la Grèce antique. Sur le plan factuel, elle a orienté la définition du discours social, en l’occurrence le discours philosophico-théologique. Sur le plan temporel, la traduction a introduit le futur tant attendu par l’élite califale et scientifique en le confondant avec le présent de la communication systémique.

Bios:
Soufian Al Karjousli : Islamologue et linguiste (SEPELEC, Rennes) a écrit en 2008, La polysémie au cœur du dialogue interculturel et interconfessionnel, l’exemple de la traduction des vocables islâm et muslim dans le Coran, in Atelier de Traduction, n°10, Roumanie, Les traductions au cœur des enjeux sur la diffusion des connaissances le long des routes de l’Orient, Proceedings, XVIII Congrès mondial des Traducteurs, Foreign Languages Press, Shanghai, China et La « parole » comme élément de transmission et de communication entre les pensées judéo-chrétienne et arabo-musulmane, in Chouikha L., Meyer V., « Interagir et transmettre, … SFSIC/ISP/IPSI, Tunis, Paris, et, en 2006, La polysémie et le Coran, Lille.

David Lavinsky recently completed his Ph.D. in English at the University of Michigan and will be starting as an assistant professor at Yeshiva University in New York in the fall. He works on vernacular practices and epistemes in late medieval England, with a special focus on Wyclif and heresy.

Andrés Vélez Posada: Doctorant en Histoire et Civilisation à l’EHESS de Paris, auteur d’un livre sur l’herméneutique et la pratique rhétorique intitulé Figuras de Ingenio (Medellín, 2006) et de quelques articles sur l’histoire de la philosophie et la géographie historique. Dans ses recherches actuelles il s’intéresse à la dimension géographique et paysagiste de la pensée moderne sur l’Ingenium, notamment dans les traités de médecine, rhétorique et cosmographie de la fin du XVI siècle européen.

Doctorant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris, Smaïl Khris prépare une thèse intitulée « Histoire sociale de la traduction dans le monde arabo-musulman, VIIIe-Xe et XVIIIe-XXe siècles ». Il travaille comme interprète-traducteur freelance. Il a enseigné à l’Université d’Ottawa (Canada) en tant que chargé de cours et occupé plusieurs postes d’assistant de recherche à cette même université. Il a établi pour le compte de l’UNESCO et IATIS un rapport de 50 pages sur le rôle de la traduction dans la promotion de la diversité linguistique et culturelle dans le monde arabe contemporain. Contact : skhris@gmail.com

le 11 mai, 14h30: Atelier XII : Rôle et erreurs des traductions dans les théories postcoloniales (105, bd Raspail)

(14h30-16h)
Atelier XII :
Rôle et erreurs des traductions dans les théories postcoloniales

(Amphithéâtre au 105, bd Raspail)

Président: Alain Messouadi (EHESS)
From Beirut to New York: Middle East Politics and Post-Colonial Translation. Christophe Ippolito (USA. Georgia Institute of Technology)
La littérature « mineure » : de Kafka à la théorie postcoloniale en passant par Deleuze/Guattari : histoire d'un malentendu fécond. Dirk Weissmann (France. Université Paris Est)
Transcultural Contexts, Indigenous Language, and Translating the Life Stories of Poogleedee (James Sewid) and Axux (Agnes Alfred) of the Pacific Northwest Coast Kwakwakәẃakw Peoples Robert Rutherdale. (Canada. Algoma University—Sault St. Marie, Ontario)

Abstracts /Résumés/ Zusammenfassungen
From Beirut to New York: Middle East Politics and Post-Colonial Translation by Christophe Ippolito
As the editor of a recently published bilingual edition of poems written in French by Nadia Tuéni, a Lebanese author, on the civil war in Lebanon, I had to prepare a scholarly edition of translated poems for a cross-cultural audience, negotiating meaning between linguistically and culturally different audiences both in Lebanon and the United States, in French and in English. The book was a joint publication between Syracuse University Press and a Lebanese publishing company, Dar An-Nahar. In the process of editing this translation there were facilitating factors, but the editing and translating processes also went through several challenges that are directly relevant to questions involving the relationships between translation, on the one hand, and culture, postcolonial studies, and more generally politics and globalization on the other hand. As authors such as Sherry Simon or Harish Trivedi have noted, translations are based on theories of the given cultures that surround them and delineate the markers of identity and difference. This paper, anchored in a practical experience of edition and translation, will discuss the intercultural operations inherent to such an enterprise. After giving some background on the publishing aspects of this enterprise, on the author and her situation in the context of the Lebanese civil war, and on the edited translation, this paper will deal with what became the central issue in the editing/translating process, i.e. how is one to negotiate translation of culture in a co-publication between a Western, dominant press and a local press (with special attention given here to politics). Finally, the paper will present some practical solutions to the challenges that arose from this close contact between cultures, and address this practice of “in-betweeness” some have seen as central to the translator and editor of postcolonial works.

La littérature « mineure » : de Kafka à la théorie postcoloniale en passant par Deleuze/Guattari : histoire d'un malentendu fécond. de Dirk Weissman
Depuis la publication, en 1975, du livre de Gilles Deleuze et Félix Guattari intitulé Kafka, pour une littérature mineure, la notion de littérature mineure a connu une belle fortune dans les sciences humaines et sociales. Aujourd’hui c’est surtout dans le domaine des études postcoloniales qu’elle est devenue l’un des concepts clés des cultural studies. Or, la genèse de ce concept repose sur un malentendu productif du fait d’une traduction biaisée de textes de Franz Kafka, traduction qu’on a pu qualifier de « tendancieuse » et qui semble hypothéquer le discours actuel sur le mineur en littérature. En effet, Kafka, dans son Journal de l’année 1911, entreprend de décrire les mécanismes d’émergence, à son époque, des jeunes littératures nationales dont la littérature tchèque. Aussi parle-t-il de « kleine Literaturen », c’est-à-dire de la littérature des petits pays par opposition aux grandes littératures nationales telles que la littérature allemande qui dominait alors complètement le paysage littéraire à Prague. Utilisant Kafka comme caution de leur propre théorie, Deleuze et Guattari ont ainsi réduit la spécificité historique des analyses de Kafka, en transformant un écrivain soucieux des questions politiques de son temps en prophète d’une pensée révolutionnaire à venir. Sans remettre radicalement en cause la légitimité de la démarche de Deleuze et Guattari, notre communication entend s’interroger sur les tenants et les aboutissants d’une telle traduction « active », en commençant par retracer la genèse du concept de petite littérature chez Kafka, pour ensuite décrire sa transformation à l’intérieur d’un discours sur le mineur. Dans quelle mesure la notion de littérature mineure est-elle entachée de cette instrumentalisation anachronique des textes de Kafka ? Le discours actuel sur la littérature mineure peut-il encore légitimement se référer à cet écrivain ? Ne devrait-on pas plutôt refonder cette notion sur d’autres bases que celles des réflexions de Kafka dont la situation littéraire n’a finalement si peu de choses en commun avec le champ d’application de la théorie postcoloniale ?

Transcultural Contexts, Indigenous Language, and Translating the Life Stories of Poogleedee (James Sewid) and Axux (Agnes Alfred) of the Pacific Northwest Coast Kwakwakәẃakw Peoples by Robert Rutherdale
In recent decades, the post-colonial struggles of indigenous peoples have become inseparable with increased sensitivity to indigenous language use, preservation, enhancement, and continued transmission from native-speaking elders to youth. Western-based anthropologists have become, since the 1970s, acutely aware of the the challenge not only of linguistic barriers but of the comparatively rapid disappearance of traditional languages in conducting and publishing ethnographical fieldwork. Most sensitive to this, however, have been the Aboriginal elders themselves, in primarily local and regional communities around the world facing proliferating modernization and the intergenerational effects of colonialism. This has been clearly the case among Northwest Coast communities. As Martine J. Reid has stated in reference to her collaborative work in translating the life and learning of the Kwakwala -speaking Qwiqwasuťinuxw noblewoman Axuw (Agnes Alfred), ‘[d]uring the 1970s there was increasing awareness among both Aboriginal peoples and scholars that unwritten languages were facing extinction. Northwest Coast Aboriginal languages and all their associated cultural knowledge were disappearing, along with their practitioners.’ Anthropologist James Spradley presented first, in 1969, in English the life of James Sewid (Poogleedee) as an as-told-to life story. Spradley commented that Sewid’s command of English was ‘sufficient’ for him to present in that language, though Sewid had grown up as a fluently bilingual Kwakwala- and English-speaking person. Thirty-five years later, Reid published the life story of Sewid’s mother-in-law, Axuw (Agnes Alfred). Clearly evident in Reid’s methodology and approach, in collaboration with Daisy Sewid-Smith, Poogleedee’s daughter and Axuw’s granddaughter, is increased sensitivity to representing Kwakwala and to the significance of language in the translation of cultural difference. Since anthropologists such as Reid, James Spradley, and many others began working in the 1960s and 1970s respectively, histories around the globe of traditional native language preservation, enhancement, and inter-generational transmission have accompanied efforts to disrupt the negative impacts of colonial power and resituate loci of cultural change, a salient aspect of the lives of both Poogleedee and Axuw among the Kwakwakәẃakw peoples.

Bios:
Christophe Ippolito, professeur adjoint au Georgia Institute of Technology (Atlanta), travaille sur la modernité et l’antimodernité. Son dernier livre édité est Lebanon: Poems of Love and War / Liban: Poèmes d’amour et de guerre, de Nadia Tuéni (Syracuse: Syracuse University Press ; Beyrouth : Dar An-Nahar, 2006) ; son dernier article publié est « La conclusion d’Indiana», Revue d’Histoire Littéraire de la France (2009-3) : 555-572) ; pour plus d’informations, consulter http://christopheippolito.com/

Agrégé de l’Université, Dirk Weissmann est Maître de conférences à l’Université Paris-Est Créteil. Après une thèse de doctorat consacrée à la réception française de Paul Celan et plusieurs travaux dans le domaine des transferts culturels et de la traductologie, ses recherches actuelles portent sur l’histoire de l’écriture littéraire bilingue en France et en Allemagne.

Robert Rutherdale is an Associate Professor of History at Algoma University in Sault Ste. Marie, Ontario. He has most recently published Hometown Horizons: Local Responses to Canada’s Great War (Vancouver: University of British Columbia Press, 2004), a study of French- and English-speaking cultural responses to the First World War and has co-edited, with Magda Fahrni, Creating Postwar Canada: Community, Diversity, and Dissent, 1945-1975 (Vancouver: University of British Columbia Press, 2008). He is currently completing a cross-cultural comparative study of fatherhood in postwar Canada.

le 11 mai, 14h30: Atelier XIII : Discours et pouvoir : représentation, témoignage et effacement (54, bd Raspail)

(14h30-16h00)
Atelier XIII :
Discours et pouvoir :
représentation, témoignage et effacement
(salle 524 au 54, bd Raspail)

Présidente : Natalia Muchnik (EHESS)
Making sense of Ambiguous Speech: the 1990’s Famine in North Korea. Sandra Fahy (France. EHESS)
Das "Fortleben" des "bloßen Lebens": Zur Leiblichkeit und Übersetzbarkeit der Wahlverwandtschaften. Takaoki Matsui (Tokyo, Japon.)
How to translate a language that ghosts another: French behind Celan and Kerouac, Arabic below Tengour and Meddeb. Pierre Joris (USA/Luxembourg. University of Albany—SUNY)

Abstracts /Résumés/ Zusammenfassungen
Making sense of Ambiguous Speech: Oral History of the 1990s Famine in North Korea by Sandra Fahy
This paper takes as its main focus the linguistic analysis of ambiguous speech patterns in the oral testimonies of survivors of the North Korean famine. The government placed severe restrictions on discussions, illusions and references to the famine and its consequences. In spite of the limitations placed on free expression in situ many informants communicated their experiences to each other through indirect speech patterns, and years after surviving the famine these emerged in oral testimonies. Clandestine and careful modes of communication used and yet subverted the government’s sanctioned discourse. Taken as a collective, the testimonies reveal a range of consistent patterns in indirect speech: word choice, lengthy metaphors, dry humour, appropriated government terms, euphemisms and so on.This paper will consider these aspects of the oral testimonies highlighted through the lens of translation – translation of language as well as the transmission of cultural trauma. During the famine, North Koreans had to speak in highly coded and ambiguous terms, later when meeting the researcher many articulated the famine within the linguistic frameworks supplied to them by the government. These habituated expressions evolved during the famine period to be highly ambiguous, evocative or hidden. What difficulties does the researcher encounter when oral accounts bear these same ambiguous, evocative and hidden articulations? There are difficulties of translation (from Korean into English) but there are the added difficulties of translating culturally informed expressions of trauma into non-traumatic culturally distinct settings such as South Korea and the international community.


Das „Fortleben“ des „bloßen Lebens“: zur Leiblichkeit und Übersetzbarkeit der Wahlverwandtschaften. Takaoki Matsui
Im Übersetzer-Aufsatz spricht Benjamin vom „Leben und Fortleben der Kunstwerke“. Ihm zufolge ist das „Leben“ weder aus organischer Leiblichkeit allein noch „aus Empfindung, die es nur gelegentlich kennzeichnen kann“, zu definieren, sondern aus der Geschichte, die es umfasst. Wie würde sich diese ›Lebensmetaphysik‹ auf den von ihm kritisch ausgelegten naturwissenschaftlichen Roman beziehen, dessen Übersetzbarkeit er allerdings nicht in Frage stellte? Goethes Wahlverwandtschaften ist eigentlich eine Komödie der vier personifizierten Elemente; gemäß einer umstrittenen Affinitätslehre werden sie zum ›Ehebruch‹ motiviert und schließlich von den als Nebenfiguren getarnten Wissenschaftlern zur Zersetzung gebracht. Die Handlung spielt auf technikhistorische Begebenheiten und naturwissenschaftliche Befunde an; Goethe übertrug sie in karnevaleske Spiele der Materie, um die aufkommende Industrialisierung und die Disziplinierung des Menschen zu karikieren*. Er machte jedoch den Übertragungsprozess nur in der chemischen Gleichnisrede sichtbar; dort erfahren die Figuren (Elemente) einiges von ihrer mutmaßlichen Bestimmung. Verschlüsselt blieben die sprachlich unübersetzbaren Vexierbilder: diejenigen der technischen Apparatur, der Eigennamen, der Körperteile usw. Sie waren bisher unbeachtet oder ›sinngemäß‹ als Teile einer ›tragischen‹ bzw. ›trüben‹ Liebesgeschichte angesehen. Auch Benjamin wollte ihren ›trüben‹ Schein nicht zerstören. Nur fielen ihm zur Unterscheidung der eingeschobenen Novelle von der Romanhandlung folgende Analogien ein: Im Roman herrscht die „Schwüle“ vor dem „Sturm“, in der Novelle aber „das Gewitter und der Friede“; im ersteren erscheint nur mattes Licht der „Sonnenfinsternis“, in der letzteren wird alles vom „helle[n] Licht“ scharf umrissen. Diese Bilder entsprechen genau den dort verschlüsselt dargestellten Erfindungen und Versuchen. Trotz dieser ›Erleuchtungen‹ nahm er jedoch nur eine sublimierte ›Entblößung‹ der Novellenfigur wahr und bemängelte die Verhaftetheit der Romanfiguren in dem „Verband des bloßen Lebens“. Zu fragen ist, ob nicht seine Lebensmetaphysik die genaue wetterfühlige ›Empfindung‹ gestört hat.
* Meine detaillierte Werkanalyse erscheint zuerst in Japanisch: ›Shinwaryoku‹ no koubou (Illuminations of ›Elective Affinities‹), in: 19 Seikigaku Kenkyu (Study of the 19th Century Scholarship), Vol. 4, 2010.

How to translate a language that ghosts another: French behind Celan and Kerouac, Arabic below Tengour and Meddeb.
Pierre Joris
Drawing more on practice than on theory, “How to translate a language that ghosts another: French behind Celan and Kerouac, Arabic below Tengour and Meddeb” will speak to specific occasions in the work of these authors, from single words (in a Celan poem, the German word “Neige” feels suspiciously like the French word “neige”) to broader claims of “ghosting” (Kerouac wants to believe or believes he wants to write French Canadian in English, et vice-versa) as when certain formal strictures ghost the francophone texts of the Algerian Habib Tengour (is that a Mallarmean move or something from a Mu’allaqat, a pre-islamic ode?) or the Tunisian Abdelwahab Meddeb ( “allographies” that want to retool a traditionally recalcitrant French via calligraphic density and play). A pleasure to theorize into post-colonial constats — but problematic when we sir down to translate these texts.

Bios:

Sandra Fahy
completed her PhD in Social Anthropology at the School of Oriental and African Studies in London in 2009. She currently holds the Korea Foundation Post Doctoral Fellowship at L'École des hautes études en sciences sociales, le Centre de Recherches sur la Corée. She can be contacted at smfahy@gmail.com

Takaoki Matsui
(b. 1968) studied social sciences at the Univ. of Tokyo and Kulturwissenschaft at Humboldt University Berlin. He lives in Tokyo as an independent scholar. His PhD thesis is available online (Walter Benjamin und die Kunst des Graphischen: Photo-Graphie, Malerei, Graphik, 2008. http://edoc.hu-berlin.de/docviews/abstract.php?lang=ger&id=29120). For a detailed reading of Die Wahlverwandtschaften, see my forthcoming article: Shinwaryoku no koubou (Illuminations of Elective Affinities: Goethe’s Criticism of Technology and Its Materialistic Transformation by Walter Benjamin), in: 19 Seikigaku Kenkyu (Study of the 19th Century Scholarship), Vol. 4, 2010. Its full version will also soon appear in German.

Pierre Joris
is a poet, translator, essayist & anthologist who left Luxembourg at 19 and has since lived in France, England, Algeria & the United States. He has published over forty books, most recently Canto Diurno #4: The Tang Extending from the Blade, an 2010 Ahadada Books (ebook), Justifying the Margins: Essays 1990-2006 and Aljibar I & II (poems). Other recent publications include the CD Routes, not Roots and Meditations on the Stations of Mansour Al-Hallaj 1-21. Recent translations include Paul Celan: Selections, and Lightduress by Paul Celan, which received the 2005 PEN Poetry Translation Award. With Jerome Rothenberg he edited the award-winning anthologies Poems for the Millennium (volumes I & II). He teaches at the University of Albany, SUNY. Check out his website (http://pierrejoris.com/home.html) & his Nomadics blog (http://pierrejoris.com/blog/).